La scène politique tanzanienne a connu un tournant le 13 septembre avec la validation par la Commission électorale de la candidature de Luhaga Mpina à l’élection présidentielle, sous la bannière du parti ACT-Wazalendo. Cette décision a été rendue possible grâce à une intervention décisive de la Haute Cour, qui avait annulé son exclusion du scrutin.
Dans un contexte marqué par des tensions politiques croissantes et des accusations de répression à l’encontre de l’opposition, cette décision place la justice tanzanienne au cœur du jeu démocratique.
Une justice encore capable d’exercer un contre-pouvoir
Pour plusieurs analystes, la réhabilitation de Luhaga Mpina montre que le pouvoir judiciaire conserve une marge d’indépendance, même limitée. Selon Nicodemus Minde, politologue, cette affaire démontre que « malgré les pressions, la justice tanzanienne peut encore jouer son rôle d’arbitre institutionnel, notamment dans des cas politiquement sensibles ».
En effet, cette décision contraste avec d’autres épisodes récents où la justice a été accusée de partialité, notamment dans le traitement judiciaire de Tundu Lissu, leader du parti Chadema, exclu du processus électoral.
Une victoire pour la légalité, mais pas un renversement du rapport de force
Si la décision judiciaire en faveur de Mpina est saluée comme un geste en faveur de l’État de droit, elle ne suffit pas à rééquilibrer totalement le paysage politique. Le parti ACT-Wazalendo, qu’il représente, devient de fait la principale force d’opposition présente dans la course, mais dans un contexte où l’opposition reste affaiblie par les poursuites judiciaires et l’absence de coalition.
La justice, entre indépendance affichée et soupçons persistants
Malgré cet acte perçu comme un sursaut institutionnel, la justice tanzanienne continue d’être scrutée avec prudence. Les accusations d’ingérence politique dans certaines affaires, la gestion des contentieux électoraux passés et les décisions controversées visant des figures clés de l’opposition nuisent à sa crédibilité.
Néanmoins, dans une démocratie où les institutions sont souvent perçues comme alignées sur le pouvoir exécutif, chaque décision favorable à une diversité politique apparaît comme une avancée symbolique.
La réintégration de Luhaga Mpina dans la course présidentielle, montre que les institutions judiciaires peuvent encore influer sur le processus démocratique, même dans un environnement politique tendu. Mais cette dynamique reste fragile. L’avenir dira si cette décision marque un tournant vers plus d’équilibre entre les pouvoirs ou s’il s’agit d’un épisode isolé dans une séquence politique largement dominée par le parti au pouvoir.
Guelord Lubonzu

