Le procès du brigadier de la police de roulage, Fiston Senda Kabeya, avait pris une tournure qualifiée « indigne » selon quelques congolais interrogés. Ces derniers ont mal digéré l’intervention d’un avocat de la partie civile qui a qualifié la première ministre de « plus grande délinquante » du fait que son cortège avait emprunté le contre-sens.
« Parmi ces délinquants, on constatera qu’il y avait aussi une autorité, et alors une plus grande délinquante qui prit la même route… », a-t-il lancé devant une assistance médusée.
Il a été interrompu par la cour à la suite d’une objection de la partie république qui a jugé ces propos inacceptables.
« Monsieur le président, on ne peut pas traiter la Première ministre de la république comme étant une délinquante, cela frise la morale ! L’avocat plaide, il présente les faits, il ne s’attaque pas aux gens », a martelé un magistrat, le rappelant à l’ordre
La Cour va exiger que cet avocat retire ses propos en toute élégance. Mais ce dernier ne l’a pas fait après plusieurs raisons évoquées.
« Pourquoi juger la première ministre de plus grande délinquante, un avocat ne devrait pas employer de tels propos à l’endroit d’une haute autorité du pays », dit un citoyen sous couvert d’anonymat.
Le port de la toge sur un plateau de télévision
Habillé en toge, le même avocat, a affirmé, sur le plateau d’une télévision installé sur place à la haute cour, qu’en se fondant sur ses sources, parmi les deux gardes du corps actuellement en cavale, « l’un est son petit frère, l’autre est le petit frère de son mari. C’est pourquoi on ne peut pas les amener ici (devant la justice) ».
Ces propos, qui sous-entendent une implication directe de la cheffe du gouvernement dans cette fuite, sont vivement dénoncés par ceux qui la connaissent personnellement. Les services concernés comme renseignant, ont pourtant attesté avoir lancé des recherches dès la disparition de ces agents. Rien, dans les éléments présentés à la Cour, ne permet d’établir une quelconque implication directe ou indirecte de la première ministre dans la fuite de ces policiers.
L’on se demande s’il est permis à un avocat d’apparaître en toge sur un plateau de télévision et affirmé des faits invraisemblables. Selon les règles de déontologie des avocats, qui s’appliquent aussi en RDC, comme dans la tradition romano-germanique héritée, porter la toge sur un plateau télé, peut induire le public en erreur en donnant une fausse impression de procédure en cours ou d’autorité judiciaire; peut banaliser un symbole sacré de la justice et peut constituer une faute disciplinaire dans plusieurs ordres d’avocats.
« Voyons voir de toutes les façons si, son barreau de Sankuru se prononcera quant à ce, lui, qui effectuerait encore son stage professionnel (selon les infos puisées sur le site de l’ordre national des Avocats) », a renchéri la même source.
« Il est regrettable que dans un moment aussi sensible pour la justice congolaise, où les responsabilités des services de sécurité doivent être clairement établies, un avocat choisisse le sensationnalisme au détriment de la rigueur juridique. De tels excès ternissent non seulement l’image de la profession, mais portent également atteinte au bon fonctionnement de la justice », a-t-elle poursuivi.
Face à cette dérive, nombreux sont ceux qui appellent le Conseil de l’ordre des avocats, notamment le barreau de Sankuru, à rappeler ses membres à leurs obligations déontologiques : « L’honneur du barreau ne peut cohabiter avec l’invective gratuite ni avec la stigmatisation outrancière des institutions républicaines. En RDC, l’avocat est tenu à un devoir de discrétion et de respect, et doit éviter d’utiliser des insultes ou des attaques personnelles pendant la défense de son client. Le code de déontologie des avocats exige une conduite respectueuse et loyale, tant envers les clients qu’envers l’adversaire et les tribunaux ».
« Même les initiés en deuxième graduat en droit savent pertinemment bien que la profession d’avocat est régie par des principes déontologiques stricts, parmi lesquels la dignité, la modération dans le verbe, et le respect des institutions. Un avocat n’est pas un procureur populiste. Il n’est ni un tribun, ni un polémiste. Il est auxiliaire de justice et, à ce titre, se doit de défendre son client sans jamais tomber dans l’attaque personnelle, encore moins contre une haute autorité de l’État », estime, un autre son de cloche.
Et de poursuivre :
« S’en prendre ainsi à la Première ministre en pleine audience, en la traitant de « grande délinquante », constitue une entorse grave à l’éthique professionnelle. L’audience n’est pas une tribune politique ou une arène de règlement de comptes. Elle est un espace républicain où chacun, magistrat, avocat, partie civile se doit d’observer une conduite respectueuse des principes de droit et de la dignité humaine, même si une partie a raison dans sa plaidoirie ».
Condamnations
Pour rappel, la Cour militaire de Kinshasa/Gombe a rendu son verdict le jeudi 15 mai 2025. Sur les dix membres de l’équipe de sécurité de la Première ministre poursuivis, six ont été condamnés à 20 ans de servitude pénale, dont le Major Kanza Dunia Olivier, chef de la sécurité de Judith Suminwa.
La Cour a reconnu leur culpabilité pour coups mortels ou homicide préterintentionnel, ainsi que pour arrestation arbitraire. En matière de réparation civile, les six ont été condamnés, solidairement avec l’État congolais, à verser un million de dollars américains chacun à la veuve et à la famille du défunt.
Deux autres policiers ont été condamnés à cinq ans de servitude pénale pour arrestation arbitraire : le sous-commissaire adjoint Libendele Kayindu et le brigadier-chef Sangwa Mulangi. Les prévenus Banga Ngajole et Michel Yalala, des services spéciaux de la PNC, ont été acquittés.
Enfin, la Cour a déclaré non établie l’infraction de violation des consignes. Les condamnés disposent de cinq jours pour interjeter appel.
Rédaction

