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Culture

Musique : les raisons qui ont poussé Fally Ipupa à reprendre Kita Mata de Josky Kiambukuta

En revisitant « Kita Mata », l’un des plus grands classiques de la rumba congolaise, Fally Ipupa ne se contente pas d’offrir une nouvelle version d’un titre culte. L’artiste rend un double hommage à Josky Kiambukuta, monument de la musique congolaise disparu en 2021, et à sa défunte mère, qui vouait une affection particulière à cette chanson. Une reprise qui conjugue mémoire, transmission et émotion.

Un classique de la rumba remis au goût du jour

Sorti en 1987 et interprété par Josky Kiambukuta alors qu’il évoluait au sein du TP OK Jazz de Franco Luambo, « Kita Mata » est considéré comme l’une des œuvres les plus marquantes de la rumba congolaise. Près de quatre décennies plus tard, Fally Ipupa lui offre une nouvelle jeunesse dans son album XX, sans en altérer la profondeur émotionnelle.

Loin d’une simple reprise, le chanteur propose une relecture moderne qui conserve l’âme de l’œuvre originale tout en y imprimant sa propre identité artistique. À travers cette démarche, il inscrit son travail dans la continuité du patrimoine musical congolais et participe à la transmission d’un héritage qui traverse les générations.

Un double hommage chargé d’émotion

Pour Fally Ipupa, « Kita Mata » possède une dimension profondément personnelle. En reprenant cette chanson, il honore non seulement la mémoire de Josky Kiambukuta, l’une des plus grandes voix de la rumba, mais également celle de sa mère, qui appréciait particulièrement cette œuvre.

Cette double dédicace confère à la reprise une portée intime, où le devoir de mémoire rejoint l’attachement familial. L’artiste transforme ainsi un classique de la rumba en un témoignage personnel, tout en rappelant l’influence durable de Josky Kiambukuta sur la musique congolaise.

Une plongée dans les contradictions de l’amour

Au-delà de son aspect patrimonial, « Kita Mata » est une réflexion sur la nature de l’amour. La chanson montre que ce sentiment ne se résume ni au bonheur ni aux promesses. Il est également fait d’attente, de jalousie, de dépendance, de peur et de souffrance.

Dès les premières paroles, le narrateur tente de comprendre les bouleversements qui l’habitent. Son cœur souffre, son esprit vacille et il s’interroge sur cette force invisible qui transforme progressivement l’être humain. L’amour naît discrètement avant d’envahir chaque pensée, chaque émotion et chaque geste.

L’amour comme perte de contrôle

Au fil des couplets, le protagoniste devient totalement dépendant de la femme qu’il aime. Sa beauté semble dépasser toute logique et sa simple présence suffit à bouleverser son équilibre émotionnel. Il avoue perdre toute lucidité, allant jusqu’à se comparer à un enfant incapable de maîtriser ses émotions.

Le refrain résume toute la philosophie de la chanson :

« Pasi ya bolingo ezalaka nde somo » — La souffrance amoureuse est terrible.

Cette phrase rappelle que l’amour expose inévitablement à la vulnérabilité. Plus l’attachement est profond, plus la possibilité de souffrir devient grande. Entre passion, obsession et peur de perdre l’être aimé, le personnage accepte cette fragilité comme le prix de l’amour.

Une œuvre intemporelle

Dans les derniers couplets, le récit atteint son apogée émotionnelle. Un sourire, un regard ou une simple caresse deviennent capables d’effacer toutes les angoisses du narrateur. L’être aimé apparaît comme son refuge, au point de lui faire oublier jusqu’à la peur de la mort.

L’outro conclut cette confession sur une phrase devenue emblématique : « Omoni ndenge nga nakomaka zoba zoba » (« Tu vois comment je deviens fou »). Une folie qui n’a rien de pathologique, mais qui traduit l’abandon de soi propre à la passion amoureuse.

En redonnant vie à « Kita Mata », Fally Ipupa réussit bien plus qu’un exercice de style. Il ravive un monument de la rumba congolaise, rend hommage à l’un de ses plus grands interprètes et rappelle que les grandes chansons traversent le temps parce qu’elles parlent de sentiments universels. Entre fidélité à l’œuvre originale et expression personnelle, cette reprise s’impose comme l’un des moments culturels marquants de l’album XX.

Ephraim kezza

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