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Politique

65 ans après son assassinat : voici la lettre de Lumumba que tous les politiciens africains devraient méditer

Homme politique congolais et premier chef de gouvernement de la République démocratique du Congo fraîchement indépendante, Patrice Emery Lumumba a été assassiné en 1961, à l’âge de 36 ans. Son élimination, survenue le 17 janvier, a profondément marqué l’Afrique et ébranlé l’opinion internationale.

Arrêté, humilié et exposé publiquement, Lumumba apparaît sur des images filmées en captivité, brutalement traité par des soldats agissant sous l’autorité du chef d’état-major de l’époque, Joseph-Désiré Mobutu, arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État.

Les États-Unis, l’Organisation des Nations unies et l’ancienne puissance coloniale belge sont aujourd’hui largement considérés comme ayant joué un rôle déterminant, direct ou indirect, dans cet assassinat politique, malgré les multiples lettres écrites par Lumumba pour alerter et se protéger durant la crise congolaise. Son combat acharné contre le colonialisme et son rapprochement stratégique avec l’Union soviétique ont contribué à le marginaliser aux yeux des puissances occidentales, qui ont refusé de lui apporter un soutien effectif.

En à peine trois mois à la tête du gouvernement, Patrice Lumumba avait engagé des transformations profondes et porté avec force l’idéal d’une Afrique unie et souveraine. Fusillé, il demeure l’une des figures majeures de l’Afrique postcoloniale et un symbole central du panafricanisme.

Durant sa détention, il rédigea de nombreuses lettres adressées à des responsables politiques, à ses proches et à sa famille, exprimant à la fois son angoisse face au sort du Congo et son espoir d’émancipation.

Voici l’une de ses dernières lettres, adressée à son épouse, Pauline Lumumba.

Ma compagne bien-aimée
Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.
Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai-je dire d’autre ? Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.
Nous ne sommes pas seuls.
L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.
Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.
Vive le Congo ! Vive l’Afrique !

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