Le ciel s’assombrit au sommet de l’exécutif provincial du Kongo Central. Le parquet général près la Cour de cassation a officiellement saisi l’Assemblée provinciale pour solliciter l’autorisation d’engager des poursuites judiciaires contre le gouverneur Nkuanga Masuangi Bilolo Grâce. Une démarche lourde de sens, qui place le numéro un de la province au cœur d’une tempête politico-judiciaire.
Au centre du dossier : de graves soupçons de mauvaise gestion financière. Le ministère public reproche au gouverneur le non-versement au Trésor public de recettes fiscales provinciales, ainsi qu’un possible détournement de fonds publics évalué à près d’un million de dollars américains.
L’IGF sort ses griffes
Ces accusations trouvent leur fondement dans un rapport explosif de l’Inspection générale des finances (IGF), établi à l’issue d’une mission de contrôle menée l’année dernière. Selon des sources proches du dossier, les inspecteurs auraient mis en lumière de sérieuses irrégularités dans la gestion budgétaire de la province.
Conformément à la Constitution, le parquet ne peut aller plus loin sans l’aval des députés provinciaux. L’Assemblée provinciale devient ainsi l’arbitre d’un dossier à haute tension, dont l’issue pourrait marquer un tournant politique majeur au Kongo Central.
La riposte de l’exécutif provincial
Du côté du gouvernorat, le ton est à la contestation. Les autorités provinciales rejettent catégoriquement les accusations et affirment n’avoir reçu aucune notification officielle. Elles dénoncent surtout une procédure engagée sans concertation ni respect du principe du contradictoire, soutenant que le gouverneur n’aurait jamais été entendu par l’IGF.
Malgré ces dénégations, le parquet général assure vouloir auditionner le gouverneur afin qu’il puisse livrer sa version des faits, une fois l’autorisation parlementaire obtenue.
Anticorruption : plus aucun intouchable ?
Au-delà du cas Bilolo, cette affaire s’inscrit dans une offensive nationale contre les détournements des deniers publics. Depuis plusieurs mois, l’IGF intensifie ses contrôles et les juridictions financières multiplient les enquêtes, y compris dans les provinces longtemps considérées comme des zones de confort politique.
À Kinshasa, le message est sans équivoque : la lutte contre la corruption ne connaît plus de sanctuaires. Gouverneurs, ministres provinciaux et gestionnaires publics sont désormais sous surveillance.
Un choix décisif pour l’Assemblée provinciale
Au Kongo Central, tous les regards sont tournés vers l’Assemblée provinciale. Sa décision déterminera si cette affaire reste un bras de fer politique ou bascule dans une procédure pénale aux conséquences imprévisibles.
Une chose est sûre : le dossier Grâce Bilolo est désormais une épreuve de vérité pour la gouvernance provinciale et la crédibilité de la lutte anticorruption en RDC.

