Membre du C9, Fridolin cardinal Ambongo fait partie de ce conseil des cardinaux les plus proches du Pape François. En séjour à Paris (France), il prend part à un congrès sur comment imaginer la paix pour le monde, et particulièrement pour la sous-région des Grands Lacs, Cardinal Fridolin Ambongo Besungu passe en revue la situation générale du pays sous l’actuelle gouvernance. Invité de France 24, dans le cadre de l’émission « Tête à tête », Cardinal Ambongo a, dans un franc-parler qui le caractérise, réitéré le constat de mars dernier selon lequel « la RDC, est un pays en agonie, un grand malade dans un état comateux. La réalité est que le Congo n’a pas d’armée ».
Six mois après, il dresse le même constat alarmant : « Notre pays est un pays qui souffre et tous les signaux sont au rouge, surtout pour la vie sociale. Le peuple congolais est dans une situation où il ne sait vers quel saint se tourner. L’économie tourne difficilement. Quand je vois mon peuple à Kinshasa et à l’intérieur du pays où je vais en visite souvent, je me demande, mais qu’est-ce que ce peuple a fait pour mériter une telle souffrance. Et ce qui avait été affirmé il y a six mois, mais je le maintiens, avec la seule différence que mes choses ne s’améliorent pas ».
Bien que ces propos soient sur un registre bien différent de celui de mars dernier, mais il faut quand reconnaître que la gouvernance actuelle s’en trouve égratigner à plus d’un titre. Reste à savoir comment réagiront les plénipotentiaires du régime face à ce pamphlet.
Dans un entretien accordé, jeudi 3 octobre 2024 à France 24, l’archevêque métropolitain de Kinshasa, Cardinal Ambongo Besungu a passé au peigne fin la situation générale du pays de Lumumba, aujourd’hui confronté aux défis sécuritaires et sociaux. Comme en mars dernier lors de la messe pascale, le Cardinal Ambongo est assez critique envers l’actuelle gouvernance du pays, mais dans un gant de vouloir.
On se souvient qu’en mars dernier, le prélat déclarait : « Nous savons très bien que notre pays, la RDC, est un pays en agonie, un grand malade dans un état comateux. La réalité est que le Congo n’a pas d’armée ».
Six mois après, le prélat maintient ce sévère réquisitoire. « Mais c’est la réalité que nous vivons et nous le sentons de l’intérieur quand nous sommes au Congo. Notre pays est un pays qui souffre et tous les signaux sont au rouge, surtout pour la vie sociale. Le peuple congolais est dans une situation où il ne sait vers quel saint se tourner. L’économie tourne difficilement. Quand je vois mon peuple à Kinshasa et à l’intérieur du pays où je vais en visite souvent, je me demande, mais qu’est-ce que ce peuple a fait pour mériter une telle souffrance. Et ce qui avait été affirmé il y a six mois, mais je le maintiens, avec la seule différence que mes choses ne s’améliorent pas », a-t-il regretté.
En d’enchaîner que « la RDC est un pays en faillite sur beaucoup de plans ». Avec le même franc-parler et un regard assez inquisiteur, le prélat a eu des démêlées avec la justice congolaise, fin avril dernier. Le procureur général près la Cour de cassation avait demandé au procureur de parquet de Matete d’ouvrir un dossier judiciaire à l’encontre de l’archevêque pour des propos séditieux. Le clergé avait pris sa défense et estimé que c’était honteux d’interpeller le cardinal.
Malentendu dissipé
A sa demande, Fridolin Ambongo avait obtenu de rencontrer le chef de l’Etat pour des échanges qui avaient duré deux heures. Et à l’issue de cette rencontre, le malentendu avait été dissipé, car beaucoup de choses avaient été clarifiées entre les deux personnalités ; surtout que beaucoup de questions révélaient du malentendu.
« Moi je crois que s’il y avait meilleure communication, peut-être beaucoup de choses auraient été clarifiées. Ça c’est de mon point de vue. Et depuis lors, on n’a plus jamais entendu de ce dossier du procureur. Mais est-ce que du côté de la justice, ils ont éteint le dossier, il n’appartient pas à moi de le dire », a précisé le prélat congolais.
Avant de renchérir en disant que « ce dossier n’avait pas de contenu concret pour un dossier de cette nature ». Au cours de ces échanges avec Félix Tshisekedi, Fridolin Ambongo a dit que « sur beaucoup de plans, leurs analyses se rejoignent ».
Vivement le dialogue
« Lui aussi se plaint de certaines choses comme nous. Et naturellement, c’est quelles sont les énergies qu’on peut mettre ensemble pour endiguer tous ces aspects qui tirent notre pays vers le bas. Et cela, justement, de cette rencontre et d’autres qui ont suivi, il y a nécessité que le pays, les Congolais puissent se retrouver et de conjuguer leurs efforts pour relever les grands défis, remette en question leur existence commune », a-t-il plaidé par ailleurs. Un peu comme pour donner raison à Martin Fayulu qui a fait une offre de dialogue qui réfléchirait autour de quatre problèmes qui gangrènent le pays, à savoir dont l’agression rwandaise dans la partie Est du pays ; la mauvaise gouvernance qui bat son plein dans le pays ; le non-respect des droits humains ainsi que les réformes institutionnelles. Pour la médiation de ces pourparlers, Fayulu les plaçait sous la médiation de l’Église catholique et l’église du Christ au Congo.
Proposition qui a été balayée d’un revers de la main par Félix Tshisekedi au motif que « le pays n’est pas en crise politique pour chercher à tenir des dialogues qui vont aboutir sur les arrangements et qui vont encore mettre le pays entre parenthèses. Nous ne voyons vraiment pas la nécessité, ni l’urgence ».
Risque de confrontation armée RDC-Rwanda
S’agissant de la crise rwando-congolaise, le prélat catholique a déploré l’exacerbation de la tension, avec le risque d’une confrontation armée.
« Nous craignons pour la paix dans la sous-région parce que je suis à Paris pour un congrès sur comment imaginer la paix pour le monde, et particulièrement pour la sous-région des Grands Lacs. Nous, en tant qu’église au Congo, nous travaillons non pour envoyer les gens faire la guerre, mais nous travaillons pour l’émergence d’un climat de paix et de convivialité pour tous les peuples qui habitent le sous-région des Grands Lacs, en commençant d’abord par le peuple congolais qui souffre, pour le moment, c’est le peuple qui souffre, plus que les autres. Quand devant cet effort que nous faisons, nous parlons avec nos frères qui sont au Rwanda, au Burundi. Notre souci, c’est de rapprocher le peuple, de rapprocher les points de vue. Mais si, en face de nous les dirigeants politiques, ceux qui ont les rênes du pouvoir en mains ne parlent que de la guerre, faire la guerre, cela nous inquiète. Effectivement, c’est ce qui se passe sur le terrain. Et la conséquence, c’est des milliers de déplacés, c’est des milliers de morts dans la sous-région, notamment au Congo. Face à une situation pareille, nous disons : la solution pour que la paix puisse revenir chez nous dans la sous-région, ce n’’est pas de préparer la guerre, mais nous devons préparer la paix », a-t-il réfléchi d’autre part.
Contrôle des forces armées
Pour ce qui est du recours aux patriotes Wazalendo, Fridolin Ambongo est d’avis que le problème qui se pose à ce niveau est celui du contrôle de toutes les forces en présence.
Mais tout le problème, c’est le contrôle sur tous ces groupes armés qui y opèrent. Que ce soit des groupes armés sous contrôle du gouvernement ou d’autres qui ne sont pas toujours sur son contrôle, mais le problème est que ces gens tiennent des armes, les armes circulent et cela crée une poche d’insécurité généralisée. Et nous craignons même si, sur le plan politique, le Congo et le Rwanda parviennent à un accord, mais tous ces groupes qui va les contrôler. Pour nous c’est quand même un sujet d’inquiétude », a placé l’archevêque de Kinshasa.
Non au retrait précipité de la Monsuco
Par ailleurs, le cardinal Fridolin Ambongo s’est dit éminemment opposé au retrait précipité des troupes de la Mission d’observation des Nations unies pour la stabilité au Congo (Monusco) dans la partie Est de la RDC en proie à l’activisme des groupes armés dont le M23.
Le cardinal Ambongo qualifie d’erreur, le départ précipité des troupes de la Monusco et évoque les aspects humanitaires et sécuritaires auxquels est confrontée la population congolaise vivant dans cette partie du pays.
Le prélat catholique appelle la Monusco à revoir le calendrier de retrait de ses troupes dans la partie Est de la République démocratique du Congo.
« C’est serait une erreur de précipiter le départ de la Monusco dans le contexte actuel. Nous savons que la Monusco s’est désengagée du Sud-Kivu avec une rapidité qui nous avait un peu surpris, mais le Nord-Kivu et l’Ituri sont dans une situation humanitaire tel que le désengagement de la Monusco risquerait d’exposer des milliers de personnes qui n’auraient plus d’assistance humanitaire, rien que pour ça, sans même parler du volet militaire. Pour nous la Monusco doit reconsidérer son calendrier de retrait », a l’archevêque de Kinshasa.
Critique vis-à-vis de la communauté internationale
Et presque dans le même registre, Fridolin Ambongo dit ne pas être convaincu par l’apport de la communauté internationale dans la résolution de la crise à l’Est du pays pour mettre fin à l’agression rwandaise. Le prélat fait appel à la volonté des décideurs pour favoriser le retour de la paix dans le Nord-Kivu et l’Ituri.
« Nous avons l’impression que non, la communauté internationale pourrait faire davantage et la guerre qui se vit actuellement à l’Est de notre pays, il suffirait de la part de la communauté internationale d’une vraie volonté et on mettra fin à cette crise que nous sommes en train de vivre depuis 30 ans, mais je pense la communauté internationale peut faire davantage », a-t-il martelé.
Face à la crise rwando-congolaise, Fridolin Ambongo propose des solutions allant dans le sens de privilégier la paix. Il s’oppose aux solutions militaires entre les deux pays et craint que la situation sécuritaire et humanitaire se dégrade davantage.
Tiré du Potentiel avec Réveil Congo

