Image default
Santé

Cancer du sein/RDC : Dr. Alex Mutombo souligne l’importance de la sensibilisation et de la prévention

Le Professeur et Docteur Alex Mutombo a lancé un appel tous azimuts pour intensifier la lutte contre le cancer du sein en République Démocratique du Congo. Fondateur de l’ASBL « Congo Cancer Foundation », ce gynécologue exhorte les femmes à une consommation responsable et à inculquer la culture de se faire dépister à temps pour prévenir le risque de développer un cancer. Retrouvez ci-dessous son entretien avec le magazine Réveil Congo, en marge de la clôture d’Octobre Rose 2024. 


Réveil Congo : Bonjour Docteur Alex Mutombo

Alex Mutombo : Bonjour Monsieur Aubin.

RC : Votre brève présentation

AM : Je suis médecin spécialiste en gynécologie obstétrique. Je m’occupe plus particulièrement de la prise en charge et de la prévention des cancers gynécologiques et du cancer du sein. Je suis Professeur de Gynécologie à la Faculté des médecines de l’Université de Kinshasa.

RC : Nous sommes au mois d’octobre, c’est la clôture du mois Rose. Qu’est-ce que vous pouvez dire, quels mots vous pouvez placer d’abord par rapport à ce mois qui est dédié aux femmes souffrants du cancer ?

AM : Comme vous l’avez si bien dit, c’est un mois qui consacre la lutte que nous menons mondialement contre cette pathologie. Cette pathologie est très préoccupante, en l’occurrence le cancer du sein, qui est un grand problème de santé publique partout dans le monde parce qu’il affecte les femmes dans toutes les contrées du monde avec une ampleur très exagérée.
Voyons par exemple, selon les statistiques de l’OMS, il est projeté qu’une femme sur douze fera un cancer du sein, a un risque de faire un cancer du sein dans sa vie. Vous voyez l’ampleur du problème. C’est pourquoi la communauté scientifique, la communauté internationale consacre une attention particulière à la lutte contre ce fléau.

RC : selon vous, quels sont les principaux facteurs favorisant le cancer ?

AM : Eh bien, les facteurs sont multiples. Il y a ceux qui n’ont pas de facteur de risque, qui font qu’un individu particulier est à risque de développer une pathologie particulière comme le cancer du sein. Comme je l’ai dit, ces facteurs sont de divers ordres. Il y a des facteurs, d’abord génétiques, c’est-à-dire que dans les gènes de certaines personnes, il y a des aberrations, parfois innées, parfois héréditaires, qui exposent ces individus à développer un cancer du sein.
Ça peut être héréditaire. On parle très souvent, et c’est prouvé, c’est reconnu, on parle des mutations de certains gènes qu’on appelle les gènes BRCA. Les mutations dans ces gènes exposent la personne, augmentent le risque pour une personne à faire le cancer du sein dans sa vie, mais aussi le cancer de l’ovaire.
L’exemple le plus éloquent, c’est celui de l’actrice Angelina Jolie. Je ne sais pas si vous êtes au courant de son histoire. L’actrice Angelina Jolie avait vu sa mère mourir d’un cancer du sein.
Et comme il est des coutumes, du fait que ça peut être une pathologie familiale, héréditaire, elle est allée se faire des tests génétiques qui ont confirmé qu’elle était porteuse des mutations de ces gènes, la BRCA, qui augmentent d’une façon exponentielle le risque pour quelqu’un de faire un cancer du sein. Et donc, vous voyez, sa mère a fait un cancer et elle était à risque parce qu’elle était porteuse de ces mutations. Ça veut dire que dans sa famille, il y a ces anomalies.

Alors, elle est allée plus loin dans le cadre de la prévention, pour de tels individus qui sont porteuses des mutations. On lui a fait une mastectomie et une ovariectomie prophylactique, comme on dit. Donc, on lui enlève les seins, on lui enlève les ovaires et les seins (les seins on peut les reconstruire par la chirurgie plastique). Mais au moins, on a enlevé les tissus qui étaient là présents et qui comportaient un risque de développement d’un cancer du sein. Et elle vit normalement aujourd’hui, elle a franchi tout le risque de cancer du sein dans sa vie. Ça, c’était les facteurs génétiques.

Mais à côté de ça, il y a des facteurs environnementaux. Les facteurs environnementaux, c’est tous ces facteurs qu’on peut retrouver dans notre environnement, dans notre style de vie, dans notre alimentation. Je prends un exemple : il y a des substances qu’on appelle des perturbateurs endocriniens. C’est des substances qu’on retrouve dans l’alimentation, dans la cosmétique et dans certains autres domaines de la vie. Ces substances miment l’action de certaines hormones qui favorisent le cancer du sein chez une femme.

Et ces cancers sont favorisés par les hormones de la femme elle-même, les œstrogènes. Donc lorsqu’on a un environnement qui est très riche en œstrogènes, on est à risque de développement d’un cancer du sein. Et donc ces substances qu’on retrouve dans l’alimentation, vous voyez des poules ou des poulets que nous consommons, qu’on a fait grandir en huit jours.

Dr Alex Mutombo entourés de quelques membres de l'ONG UZIMA lors d'une visite au Département de Gynécologie A, des Cliniques Universitaires de Kinshasa, le 30 Octobre 2024
Dr Alex Mutombo entourés de quelques membres de l’ONG UZIMA lors d’une visite au Département de Gynécologie A, des Cliniques Universitaires de Kinshasa, le 30 Octobre 2024

Il y a certaines substances qu’on met dans les parfums, dans les cosmétiques, dans les rouges à lèvres, dans les plastiques avec lesquels on conditionne certains aliments, l’eau, ainsi de suite. Bref, il y a beaucoup à dire à ce sujet.

Et donc nous sommes actuellement dans ce monde, avec tout ce qu’il y a comme changement dans le style de vie, nous sommes entourés, nous sommes exposés par une panoplie de substances qui font que nous sommes à risque de développer le cancer.

RC : Votre fondation se préoccupe aussi de l’aspect sensibilisation des femmes ?

AM : Oui, nous avons une Fondation, « la Fondation Congolais du Cancer. (Congo Cancer Foundation, en anglais,). Notre mission est axée sur la prévention, la prise en charge et l’accompagnement des malades de cancer.
La sensibilisation est l’un des piliers dans cette lutte, sensibiliser les femmes, parce que beaucoup de personnes, d’ailleurs, ne sont pas au courant de l’existence du cancer. Elles sont ignorantes de l’existence de certains facteurs de risque qui peuvent faire qu’elles soient exposées au cancer. La sensibilisation est un pilier à ne pas négliger dans la lutte contre ce cancer.

RC. Et aux cliniques universitaires de Kinshasa (CUK) vous recevez souvent quel type de femmes et qui souffrent de quel type de cancer ?

AM : Nous sommes en gynécologie. Dans les temps, le numéro un dans ces cancers, c’était le cancer du col. Mais maintenant, nous voyons que la tendance s’inverse, parce que dans notre service, nous recevons de plus en plus des femmes avec cancer du sein. Et toujours à des stades très avancés, ce qui traduit l’inexistence d’un programme efficace de prévention dans notre pays. Les malades arrivent avec des cancers qui sont déjà au stade terminal, où vous n’avez pas toutes les marges de manœuvre pour les traiter, pour les guérir.
Et souvent, nous assistons impuissants et nous ne faisons que des traitements palliatifs pour l’accompagnement des malades.

RC : Il y a risque qu’elles ne vivent plus longtemps, parce que déjà, elles arrivent au stade très avancé.

AM : On parle de l’espérance de vie. Pour des cas, au stade avancé, l’espérance de vie est réduite. En fait, nous les médecins, nous n’avons pas vocation de combattre la mort, mais nous avons vocation de prolonger la vie, c’est ce que nous faisons. Améliorer la quantité de la vie, améliorer la qualité de la vie de ces personnes qui souffrent de cancer, quels que soient les stades auxquels on nous les amène.

RC : Le gouvernement congolais joue-t-il pleinement son rôle pour diminuer le taux du décès dû au cancer du sein ?

AM : Oui, le gouvernement doit jouer un rôle très important. Il le joue déjà, il a déjà commencé. Il y a de plus en plus d’engagement du gouvernement dans ce sens, mais nous avons besoin davantage de ressources, de moyens pour mettre en œuvre tous ces programmes de prévention, de prise en charge.

Le gouvernement a déjà commencé et on commence déjà à ressentir les effets de l’engagement du gouvernement, mais c’est encore insignifiant. Nous sommes un grand pays avec 100 millions d’habitants, avec beaucoup de malades qui n’ont pas les moyens de se faire soigner, beaucoup de malades qui sont même à la maison, faute de moyens pour, ne fus qu’aller consulter à l’hôpital. Bref, la lutte est de longue haleine.

La lutte est de longue haleine, c’est pourquoi tous azimuts nous devons nous serrer la main dans la main pour trouver des stratégies efficaces.

RC : Votre message

AM : L’espoir est permis. Nous ne devons pas baisser les bras.  Nous sommes devant un fléau qui nous préoccupe tous, que ce soit les malades, que ce soit les médecins, que ce soit la population, parce que la plupart des familles sont concernées par un membre de famille ou une connaissance qui souffre du cancer du sein. Et donc, comme vous avez dit qu’il y a tout un mois consacré à la lutte contre ce fléau, ça veut dire que c’est un problème qui touche beaucoup d’individus partout dans le monde et que le gouvernement, les ONG, les médecins, la société civile comme vous, tous, nous devons nous serrer les coudes pour catalyser, pour intensifier la lutte contre cette maladie.

Propos recueillis par Réveil Congo

Articles similaires

Lutte contre le Mpox : La RDC reçoit un lot important de médicaments, le Dr Roger Kamba insiste sur une gestion rigoureuse

Rédaction

Kasaï Central / Demba : Trois premiers cas confirmés de Monkeypox à la mission catholique de Kabuluanda

Rédaction

Kinshasa : le Dr Patricien Gongo jure de revitaliser le système de santé de la capitale !

Rédaction

Santé: Suspendu après le décès d’une femme et de son bébé par négligence, Dr Jean-Paul Divengi reprend son travail à l’Ex Maman Yemo

Rédaction

RDC/Riposte Ebola : Le ministre de la Santé lance les centres de prise en charge à Bulape

GLMLuban

Protégez vos reins : voici les 10 comportements à éviter absolument au quotidien

Rédaction