M. David Otshudiema s’interroge sur l’issue du débat houleux autour de la controverse du changement ou de la révision de la Constitution en République Démocratique du Congo. Dans les lignes qui suivent, il explore les arguments avancés par chaque partie prenante de ce débat national : d’un côté, l’opposition, forte de sa mobilisation populaire et de l’indignation collective ; de l’autre, le pouvoir en place, armé de l’appareil étatique et des moyens institutionnels. À travers une analyse rigoureuse des forces en présence, l’auteur décrypte les enjeux de cette bataille des convictions et des ressources, tout en mettant en lumière les dynamiques susceptibles de déterminer le camp qui triomphera.
Ci-dessous, l’intégralité de sa tribune :
Changement constitutionnel en RDC : Quel camp triomphera dans cette bataille des ressources et des conviction ?
Arguments pour le triomphe de l’opposition contre le changement de la constitution
La pauvreté endémique en RDC alimente une colère populaire qui sert de levier à l’opposition. Selon Maurice Duverger, le nombre est une ressource politique majeure, et la mobilisation populaire constitue une force irrésistible dans des contextes de tension politique (Duverger, Les partis politiques, 1951). Avec 90 % de la population dans des conditions précaires, cette masse peut imposer son veto au changement. La mobilisation populaire repose souvent sur des émotions collectives comme l’indignation ou le sentiment d’injustice. Ces forces, difficiles à contrôler, peuvent se transformer en mouvements de masse capables de renverser les pouvoirs établis (Hirschman, The Passions and the Interests, 1977).
Malgré la même concentration de moyens étatiques que celle du pouvoir actuel, Joseph Kabila a été contraint de renoncer à un troisième mandat sous la pression de l’opposition et de la société civile. Cet exemple montre que les moyens étatiques seuls ne garantissent pas la victoire dans une lutte contre le peuple (Lohata Tambwe, 2024). L’article 64 de la Constitution de 2006 reconnaît aux citoyens le droit de s’opposer à toute tentative de prise illégale du pouvoir. Ce cadre légal renforce la légitimité des actions populaires et offre un levier juridique à l’opposition (Constitution de la RDC, 2006). Les intellectuels critiques, souvent proches du peuple, jouent un rôle essentiel dans l’élaboration d’une contre-offensive idéologique face au pouvoir. La diaspora, par ses ressources financières et son influence internationale, constitue également un soutien stratégique (Gramsci, Prison Notebooks, 1929-1935).
Arguments pour le triomphe du pouvoir en place favorable au changement de la constitution
Le pouvoir en place bénéficie des moyens financiers et logistiques de l’État, lui permettant de mobiliser des ressources considérables pour asseoir sa domination. Ces ressources incluent l’armée, la police, la justice, et les moyens de communication publics (Lohata Tambwe, 2024). L’opposition, bien qu’appuyée par une majorité populaire, est souvent divisée sur les stratégies à adopter. Cette division affaiblit sa capacité à présenter un front uni, ce qui peut jouer en faveur du pouvoir (Sartori, Parties and Party Systems, 1976).
Les autorités territoriales et administratives, souvent redevables au pouvoir central, jouent un rôle clé dans la mise en œuvre des stratégies de mobilisation ou de répression. Leur fidélité au régime garantit un contrôle territorial important (Weber, Économie et société, 1922). Les intellectuels complices du régime, souvent motivés par des intérêts matériels ou des positions stratégiques, aident à légitimer le discours du pouvoir, neutralisant ainsi une partie des critiques (Lohata Tambwe, 2024). Les partisans du pouvoir, qu’ils soient motivés par des avantages personnels ou par une loyauté idéologique, offrent un soutien actif qui peut contrebalancer les mouvements populaires. Ces fanatiques agissent souvent comme un bouclier pour protéger le pouvoir en place (H. Simon, Administrative Behavior, 1947).
Conclusion
La bataille entre l’opposition et le pouvoir en RDC, dans le cadre du changement constitutionnel, est une lutte complexe où les ressources humaines et matérielles s’affrontent. Si le peuple et l’opposition peuvent miser sur le poids de la masse et la légitimité constitutionnelle, le pouvoir en place tire parti de sa maîtrise des institutions et des ressources publiques. Cette confrontation dépendra de l’intensité des mobilisations et des stratégies déployées par chaque camp, conformément à la théorie de la rationalité limitée de Herbert Simon.
David Otshudiema, CT.

