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Tribunes

Élection de Gouverneur au Sankuru : la fragmentation du pouvoir et le sacrifice silencieux des populations

Il est des situations politiques qui ne trompent pas. Elles n’ont pas besoin d’être annoncées pour être comprises : elles se révèlent dans les contradictions, les blocages et les rivalités internes. L’épisode de l’élection du gouverneur du Sankuru, survenu le 15 avril 2026 en République démocratique du Congo, en est une illustration éclatante.

Ce qui aurait dû être une simple procédure institutionnelle s’est transformé en affrontement implicite au sein du pouvoir. Dans la majorité présidentielle, les lignes se sont disloquées : d’un côté, des acteurs de l’Union sacrée de la Nation (USN) soutenant une candidature ; de l’autre, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) désignant son candidat en contestation de la décision officielle de l’USN dénonçant l’absence de concertation.

Deux logiques concurrentes pour un même espace de pouvoir. Mais réduire cet épisode à une simple divergence serait une erreur d’analyse.

Ce qui se manifeste ici, c’est une réalité plus grave : l’effondrement progressif de la fonction de commandement politique. Il n’existe plus de centre d’arbitrage stable, capable d’imposer une cohérence entre les acteurs du pouvoir. L’État apparaît dès lors comme un espace fragmenté, traversé
par des logiques individuelles et des calculs concurrents.

Dans ce vide de leadership, une conséquence majeure s’impose : les
populations deviennent les premières victimes silencieuses des luttes
d’intérêts. Au Sankuru, comme ailleurs, les enjeux de gouvernance ne sont plus prioritairement orientés vers le développement ou le bien-être collectif, mais capturés par des stratégies de positionnement politique. Les populations locales se retrouvent ainsi prises en otage d’un jeu dont elles ne maîtrisent ni les règles ni les objectifs.

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Ce constat est d’autant plus préoccupant qu’il révèle une forme de détournement du bien commun. Les élus provinciaux, comme l’élite politique nationale, semblent souvent engagés dans des logiques de survie politique et d’intérêts individuels, reléguant les besoins sociaux fondamentaux au second plan. Routes inexistantes, services publics défaillants, précarité persistante : ces réalités ne sont pas des accidents, mais
les symptômes d’un système où l’humain devient secondaire.

Dans une telle configuration, la notion meme de gouvernance perd sa substance. Car gouverner, c’est arbitrer en faveur de l’interet general. Or ici, l’arbitrage disparait au profit de la competition interne. C’est ce que le philosophe Michel Foucault permet de penser a travers la notion de gouvernementale devenue: un pouvoir qui cesse d’organiser la societe pour devenir un champ de luttes internes.

Le constat est renforcé par Max Weber : sans leadership légitime et structurant, l’action publique se fragmente, l’administration se désorganise et la rationalité de l’États effondre. Il serait cependant réducteur de limiter cette situation aux seules dynamiques partisanes.

Certes, les tensions entre acteurs de l’ UDPS et de l’USN jouent un rôle majeur. Mais elles s’inscrivent dans un contexte plus large où les institutions sont fragiles et où les pratiques politiques sont souvent dominées par des logiques d’intérêts.

Cependant, ce qui frappe dans le cas du Sankuru, c’est précisément cela : le décalage entre les luttes de pouvoir au sommet et le sacrifice silencieux des populations à la base.

Pendant que les élites politiques s’affrontent pour le contrôle des positions,
les citoyens, eux, subissent les conséquences concrètes del’instabilité décisionnelle et de l’inefficacité gouvernementale.

En définitive, la crise de gouvernance en RDC ne peut être comprise sans prendre en compte cette réalité centrale : un système où le leadership est affaibli, où les intérêts individuels dominent, et où les populations paient leprix d’un pouvoir fragmenté .

Tant que cette logique perdurera, la gouvernance restera moins un instrument
de développement qu’un champ de rivalités éloigné des préoccupations du peuple.

Patrice Nyamba Lofungola

Analyste politique et Chercheur en Économie Publique

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