La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a renouvelé son appel au respect du récent accord de cessez-le-feu, signé entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda. Elle a souligné la nécessité de renforcer la cohésion nationale pour rétablir la paix dans la région.
Dans un communiqué publié, mercredi 7 août 2024, la CENCO a salué les initiatives récentes, telles que les trêves humanitaires et l’accord de cessez-le-feu conclu à Luanda, qui marquent, selon elle, une avancée dans les efforts pour résoudre les conflits à l’est de la RDC. Elle a cependant rappelé que plusieurs accords similaires avaient été signés par le passé sans être respectés, entraînant une reprise des hostilités.
Entre 2022 et juillet 2024, la CENCO a mené près de dix missions de plaidoyer à l’étranger, visant à sensibiliser les partenaires internationaux à la crise congolaise et à les inciter à s’engager davantage. Ces efforts ont été dirigés vers des organisations de la société civile, des Églises sœurs et des responsables d’institutions aux États-Unis, en Europe, en Grande-Bretagne et en Afrique. La CENCO a exprimé sa gratitude pour l’ouverture de ces partenaires et les a félicités pour leur soutien.
L’épiscopat a exhorté les gouvernements de la RDC et du Rwanda à respecter pleinement l’accord de cessez-le-feu, tout en appelant à la solidarité des partenaires internationaux pour appuyer sa mise en œuvre effective. Elle a insisté sur l’importance de garantir la sécurité et le retour des personnes déplacées dans leurs milieux d’origine.
Dans son communiqué, la CENCO a également souligné la nécessité de renforcer la cohésion nationale pour prévenir les alliances avec des forces extérieures. Elle a encouragé les Congolais à résoudre leurs différends internes, sans intervention étrangère.
Plaidoyer pour la paix en RDC
La CENCO a annoncé qu’elle poursuivra son travail de terrain, y compris le suivi des actes qui promeuvent ou violent l’accord de cessez-le-feu. Elle prévoit de continuer son plaidoyer au niveau national et international, jusqu’à ce que la paix soit rétablie en RDC et dans la région des Grands Lacs.
Moins d’une semaine après la rencontre de Luanda (Angola) qui a réuni autour du médiateur angolais les chefs des diplomaties congolaise et rwandaise et qui s’est conclue par une déclaration de cessez-le-feu dans le conflit au Nord-Kivu, rien ne semble indiquer que les M23/RDF en font grand cas.
C’est ici qu’il faut comprendre l’exhortation des évêques de la CENCO dans la mesure où le cessez-le-feu donné pour entrer en vigueur le 4 août à minuit, a été violé par les forces d’agression qui mettent à profit ces heures de flottement pour occuper de nouvelles localités dans les heures qui ont précédé et qui ont suivi l’échéance. Nyamilima samedi et l’important poste frontalier d’Ishasha dimanche, sont autant d’indications sur l’inanité des pseudo-négociations impliquant le Rwanda. A force de rester accroché au «Processus de Luanda», et sachant que le Rwanda n’envisage nullement le retrait de son corps expéditionnaire, le gouvernement de Kinshasa court le risque de l’enlisement d’un conflit sans issue qui profite aux auteurs connus du pillage des ressources naturelles du Nord-Kivu.
Le communiqué final sanctionnant la rencontre entre la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Batukapwa Wagner et son homologue rwandais, Oliver Nduhundirehe le mardi 30 juillet à Luanda, portait déjà lui-même les germes d’un échec programmé.
D’une part, le document annonçant le cessez-le-feu ne mentionnait pas le M23 ni les troupes rwandaises, se contentant d’évoquer des «parties» qui devaient se conformer à une cessation des hostilités pour une durée non déterminée.
De l’autre, le M23 a aussitôt déclaré ne pas être concerné par des conclusions d’une négociation à laquelle il n’était pas convié. Par ailleurs, que la plénipotentiaire congolaise ait apposé sa signature au bas d’un document affirmant, une fois de plus, la mise en route d’un plan de désengagement des rebelles rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) apparaît comme un piège constamment tendu par le Rwanda aux autorités congolaises, contraintes à leur insu à reconnaître leur proximité avec les «génocidaires» rwandais
Kinshasa dit non aux négociations avec une force terroriste
Les pertes successives de Nyamilima samedi et d’Ishasha dimanche sont la démonstration, voire un message clair envoyé à Kinshasa enlisé dans une détermination trompeuse d’obtenir, avant toute négociation au plus haut niveau, le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais.
Les appels répétés de la Société civile du Nord-Kivu dénonçant la duplicité des autorités rwandaises ne semble pas toujours trouver d’écho à Kinshasa, où le gouvernement préfère attirer l’attention sur la puissance de désinformation des milieux proches du Rwanda qui seraient parvenus à infiltrer une majeure partie des canaux informationnels congolais, avec à la clé des menaces à peine voilées contre la diffusion d’informations souvent véridiques.
Après plusieurs intentions de cessez-le-feu inaugurées par la feuille de route de Luanda, en novembre 2022, et une série de proclamations similaires dont l’une des dernières en date est celle annoncée par le Département d’Etat américain, rien ne semble arrêter les terroristes du M23/RDF, qui campent sur leur position demeurée inchangée : celle des négociations directes avec le gouvernement congolais. Ce à quoi ce dernier rétorque qu’il n’est pas disposé à négocier avec une force qualifiée de terroriste. Le processus de Luanda qui devrait aboutir par un tête-à-tête entre les présidents Tshisekedi et Kagame restant conditionné par le retrait sans condition des troupes rwandaises, le désarmement, la démobilisation du M23 et le cantonnement de ces terroristes au mont Sabinyo, dans le cadre du Programme P-DDRCS.
A Kinshasa cependant, l’on reste conscient que la progression des dernières heures des M23/RDF vise à occuper davantage des territoires dans la perspective d’une improbable négociation où ils se présenteraient en position de force, sachant qu’un cessez-le feu signifie un gel des positions occupées avec tout ce que cela comporte d’avantages de prédation au profit de puissances étrangères.
Le Potentiel

