L’opposant farouche au régime de Joseph Kabila a regagné, le dimanche 07 Juillet 2024, la terre de ses ancêtres, la République Démocratique du Congo, 10 ans après s’être contraint de vivre en exil. Âgé de 76 ans, le Leader politico-religieux Paul Joseph Mukungubila Mutombo a, dans ses mots livrés à la presse et devant une foule de ses partisans et fidèles de « l’Église du Seigneur Jésus-Christ » qui se sont déplacés de l’aéroport international de N’djili pour lui réserver un accueil chaleureux, fait savoir que le régime de Félix Tshisekedi a reconnu son innocence, qu’il a été condamné par erreur. Il a, de ce fait, remercié le Chef de l’État pour cette reconnaissance.
« Je n’ai pas été gracié, mais le pouvoir public s’est excusé de m’avoir condamné », lâche -t-il.
Et de rappeler : « Combien de gens j’ai perdu au Golf, à Lubumbashi…Il est beaucoup regrettable d’entendre beaucoup de mes compatriotes, au lieu d’avoir de la compassion, au lieu de considérer que Mukungubila a beaucoup souffert… ».
Le Prophète Joseph Mukungubila reste égal à lui-même dans son dévouement de quête des solutions idoines au bénéfice de la population congolaise. Il dit qu’il est revenu pour continuer à servir le pays.
« Permettez que je puisse me comporter peut-être bêtement et je puisse adorer ce Dieu Créateur, qui a permis que je puisse épouser la terre de mes ancêtres. Vous allez le constater , que le Mukungubila qui vous revient a pris de l’âge. Et cet âge là qui a beaucoup œuvré pour le pays, la terre de nos ancêtres. Point n’est besoin de pouvoir vous démontrer cela, vous le savez. J’ai toujours eu le temps de pouvoir réfléchir de quelle façon sortir mon peuple de l’invasion , de l’occupation, parce que mon pays, comme il regorge beaucoup de richesses, un pays qui est envié par tout le monde entier », a-t-il indiqué.
Joseph Mukungubila circonscrit les percussions politiques dont il se considère victime, dans son élan inlassable, tel un prophète de l’Éternel avisé et protecteur du peuple de Dieu contre les flèches mouchetées du prédateur. Il renchérit une sorte d’empathie qui la préoccupe du plus profond, et l’encourage, même si devenu vieux, à continuer la lutte de l’éradication de la souffrance commune qui ronge la RD Congo depuis les temps immémoriaux.
« J’ai toujours réfléchi comment sortir mon pays de l’occupation, nous avons un pays qui regorge beaucoup de richesses que tout le monde envie, c’est pour cela que j’ai tant souffert pendant tout ce temps, j’ai fait souffrir ma famille et j’entends continuer », soutient -il.
Cible de l’ennemi
En analysant quelques attaques dont il était victime ces derniers temps, en Afrique du Sud, tout porte à croire que Paul-Joseph Mukungibila était devenu une cible d’un ennemi qui a juré son élimination physique. En effet, l’opinion se souviendra que dans la nuit de samedi 06 Avril au dimanche 07 Avril 2024, il a été violemment attaqué dans sa résidence de Johannesburg par une dizaine » d’hommes très lourdement armés et non autrement identifiés. Ce groupe de criminels qui a clairement identifié le Prophète en l’appelant « pasteur » a violemment ligoté toute la famille de l’homme de Dieu proférant des menaces de mort en pointant l’arme sur la tempe avant d’emporter avec lui plusieurs objets de valeur ainsi que de l’argent” d’après le communiqué officiel publié par le cabinet de l’homme politico-religieux.
Son retour en RD Congo s’inscrit également dans le cadre de la décrispation politique voulue par l’accord de la Saint-Sylvestre conclu en 2017 entre le gouvernement sous la présidence de Joseph Kabila et l’opposition. Mais son application était sélective : « Il est l’unique compatriote qui était resté en exil, tout le monde était rentré. Dans les accords de la Saint-Sylvestre par apport à la décrispation, c’était le général Munene, après c’était le prophète Joseph Mukungumbila” disait Guy Mbuya, l’Avocat du Prophète Mukungubila.
Accusé à tort ?
Se réclamant Prophète au départ, Paul-Joseph Mukungubila avait bâti sa notoriété sur sa mission «divine», de sauver la RD Congo.
«Je ne parle qu’au nom de l’Éternel Dieu qui m’a confié la bonne garde comme sentinelle de ce peuple», laissait-il entendre à tous ceux qui le côtoyaient.
En politique, il se fait connaître en 2006 : Il était l’un de 32 candidats malheureux à l’élection présidentielle, remportée, au second tour, par Joseph Kabila face à Jean-Pierre Bemba Gombo. Opposant au régime Kabila, le leader religieux avait été crédité de 0,35%.
En 2013, Joseph Mukungubila était accusé par le gouvernement d’être le présumé instigateur de la brève prise d’otage opérée en direct à la télévision nationale le 30 décembre 2013. Plusieurs individus ayant participé à cette prise d’otage étaient morts à la suite de l’attaque armée opérée par les forces de l’ordre pour reprendre le contrôle de ce média.
Le même jour, d’autres assaillants qui revendiquaient leur appartenance à l’église de Paul Mukungubila avaient attaqué l’aéroport de Kindu dans l’est de la RDC, alors qu’à Kinshasa l’aéroport et l’état-major de l’armée étaient également pris d’assaut. A Lubumbashi, capitale provinciale du Katanga, les forces de l’ordre avaient bombardé la résidence de Paul Mukungubila au quartier Kabulameshi. Le bilan officiel de ces événements fait état de plus de cent morts.
Par ailleurs, selon sa version des faits, ses adeptes n’avaient pas attaqué les villes congolaises. Ils avaient plutôt protesté contre le bombardement de sa résidence à Lubumbashi, fait-il savoir.
« L’armée est venue bombarder ma résidence à Lubumbashi. Ce bombardement m’a obligé à fuir avec ma famille. Cette nouvelle a entraîné une manifestation de colère, pas une attaque de mes adeptes », a-t-il déclaré en mai 2014.
En mai 2015, le tribunal de Johannesburg avait décidé d’abandonner les poursuites engagées contre le pasteur Paul-Joseph Mukungubila, accusé d’avoir fomenté les attaques du 30 décembre 2013 en RDC, pour « insuffisance des preuves ».
Le pasteur congolais était visé par un mandat d’arrêt international émis par Interpol, sur une plainte de la RDC.
«Kinshasa n’a pas pu apporter des preuves suffisantes pour démontrer ma culpabilité dans cette affaire», avait-il déclaré à Jeune Afrique.
Aubin Kandembi

