L’ambiance s’annonce électrique au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), où une plénière décisive doit se tenir ce jeudi, conformément au règlement de l’institution. La tension monte depuis l’annonce controversée du président du CSAC, Christian Bosembe, interdisant pour 90 jours toute diffusion médiatique liée à Joseph Kabila et au PPRD. Une décision qui divise profondément au sein du Conseil et suscite une vague d’indignation dans le pays.
Dès les premières heures de la journée, des journalistes et observateurs affluaient déjà autour du siège du CSAC. L’enjeu est de taille : la majorité des membres du Conseil pourraient désapprouver, voire annuler, cette mesure jugée arbitraire et sans fondement juridique. Sur les 14 conseillers actuellement en fonction (un membre étant récemment décédé), le quorum de 8 participants requis devrait être atteint, ouvrant la voie à une plénière qui s’annonce houleuse.
Deux camps s’opposent désormais au sein de l’institution : un cercle restreint soutenant Bosembe, et une majorité de conseillers dénonçant une dérive autoritaire. Plusieurs dénoncent une décision prise unilatéralement, sans consultation préalable, et annoncée sur les ondes de Top Congo FM, ce qui en a accentué la portée polémique.
Dans sa déclaration publique, Bosembe affirmait vouloir « prévenir la subversion » en interdisant la médiatisation de l’ancien président Kabila. Toutefois, cette justification peine à convaincre. La majorité de l’opinion publique y voit plutôt une attaque frontale contre la liberté d’expression et le pluralisme politique. Le sénateur José Makila, dans une publication virulente sur son compte X (anciennement Twitter), a qualifié Bosembe de « Hitler de la presse congolaise », dénonçant une posture tyrannique et une volonté de plaire au pouvoir en place.
Au cœur du débat, la mesure du CSAC interdit formellement à tous les médias congolais, quels que soient leurs supports (TV, radio, presse écrite ou numérique), de relayer, commenter ou même mentionner les activités, déclarations ou images de Joseph Kabila et de son parti, sous peine de lourdes sanctions. Pour beaucoup, il s’agit d’un précédent dangereux dans un contexte politique tendu, marqué notamment par la levée récente de l’immunité parlementaire de Kabila et les accusations de complicité avec les rebelles du M23.
Face à la contestation, Bosembe a tenté de nuancer ses propos en affirmant que l’interdiction ne visait pas la simple mention du nom de Kabila, mais plutôt « l’apologie du crime ». Une clarification jugée tardive et ambiguë par les défenseurs de la liberté de la presse.
La plénière de ce jeudi pourrait donc marquer un tournant décisif. Si la majorité des conseillers votent contre la mesure, Christian Bosembe pourrait subir un revers cuisant, fragilisant sa légitimité à la tête de l’organe de régulation. Pour les professionnels de l’information et les défenseurs des droits fondamentaux, le CSAC joue aujourd’hui sa crédibilité : être l’arbitre impartial de l’espace médiatique ou un instrument de répression au service d’intérêts politiques.
Tigana KANKU

