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Politique

RDC : Professeur Paul-René Lohata plaide pour l’intégration du lumumbisme dans les programmes scolaires et universitaires

La pensée de Patrice Emery Lumumba a été au centre d’une grande conférence-débat organisée le 19 janvier 2026 à l’Université Libre de Kinshasa (ULK) par la Chaire Patrice Emery Lumumba, dirigée par Polycarpe Elongo. Placée sous la modération du professeur Rudolphe Lokadi Longandjo, cette rencontre scientifique s’est tenue sous le thème : « Au-delà des commémorations, capitaliser le paradigme P.E. Lumumba pour le développement du pays ». Elle s’inscrivait dans le cadre de la commémoration des 65 ans de l’assassinat du premier Premier ministre congolais, mais aussi dans la continuité de l’année dédiée à Lumumba, allant de juillet 2025 à juillet 2026.

Premier intervenant, le professeur Paul-René Lohata, directeur de la Société savante congolaise d’études politiques et de lutte contre les antivaleurs, a insisté sur la nécessité de dépasser l’hommage symbolique pour faire du lumumbisme un véritable outil de transformation sociale, politique et économique.

Selon lui, « le 19 janvier 2026 qui commémore le 17 janvier en mémoire de l’homme exceptionnel appelé P.E. Lumumba est l’occasion de démontrer pourquoi le lumumbisme devient aujourd’hui un impératif, un nouveau paradigme après l’essoufflement des vieilles doctrines ».

Dans son exposé, le professeur Lohata a rappelé que la pensée de Lumumba n’est pas née par hasard.

« P.E Lumumba n’est pas tombé du ciel. Sa naissance est étroitement liée aux conditions sociales et historiques de la colonisation, mais sans déterminisme mécanique », a-t-il expliqué, soulignant l’autonomie intellectuelle de Lumumba, son autodidaxie, son goût prononcé pour la lecture et son engagement militant au service de la dignité humaine et de la souveraineté nationale.

Il a longuement évoqué les discriminations coloniales, politiques, administratives, salariales et sociales  qui ont façonné cette pensée, avant d’établir un parallèle avec les réalités actuelles de la République démocratique du Congo. Pour lui, la persistance des inégalités dans le partage des ressources nationales constitue une négation de la vision lumumbiste.

« Une infime minorité profite des richesses du pays, tandis que la grande majorité de la population vit dans la précarité », a-t-il déploré, rappelant, selon les chiffres récents de la Banque Mondiale, plus de 85 % des citoyens de la RDC vivent avec moins de 3 $ par jour, ce qui confirme un niveau de précarité extrême malgré les ressources naturelles du pays. Cette situation, à en croire Paul-René Lohata, marquée par des écarts salariaux abyssaux et la naissance d’une bourgeoisie politico-administrative, est incompatible avec l’idéal de justice sociale porté par Lumumba.

Le professeur Lohata a également dénoncé la banalisation des détournements de fonds publics, parfois chiffrés à des centaines de millions de dollars, ainsi que la relégation du droit et de l’État de droit au second plan. Selon lui, la liberté ne peut être authentique que si elle est à la fois politique et sociale, comprise comme un « fait total ». « Trop de différences et trop d’inégalités sont loin de rimer avec la vision lumumbiste », a-t-il martelé.

Abordant la question de la cohésion nationale, il a pointé la division ethnique comme un phénomène largement instrumentalisé par certaines élites modernisantes, notamment avec l’avènement du pluralisme politique. Cette fragmentation identitaire, a-t-il expliqué, devient un puissant outil de mobilisation politique, au détriment de l’unité nationale prônée par Lumumba. À cela s’ajoute, selon lui, la violence de la souveraineté congolaise, affaiblie par l’impérialisme et ses ramifications internes et régionales.

Pour le conférencier, le constat est clair : « Lumumba domine dans les consciences, mais il ne gouverne pas ». La question centrale devient alors celle de la gouvernabilité de ses idées. Comment passer de la domination symbolique du lumumbisme à son application concrète dans les politiques publiques ? À cette interrogation, le professeur Lohata répond par une rupture nette avec les pratiques actuelles. Il a dénoncé l’existence de « faux lumumbistes », estimant que Lumumba ne se reconnaîtrait ni dans la dégradation actuelle du pays, ni dans des alliances contre nature, encore moins dans le fait de prendre les armes aux côtés des étrangers contre sa propre patrie.

En guise de solutions, il a formulé plusieurs propositions structurantes. La première consiste à enseigner systématiquement l’œuvre et la pensée de Patrice Emery Lumumba à tous les niveaux du système éducatif, de l’école primaire à l’université, afin d’ériger le lumumbisme en socle idéologique national. La deuxième porte sur le renforcement de l’enseignement de l’histoire du Congo, de la géographie, des avantages comparatifs du pays, du civisme et de la citoyenneté, pour former des citoyens conscients, responsables et attachés au bien commun. Enfin, il a plaidé pour le financement durable des centres de recherche dédiés à Lumumba et aux autres héros nationaux, afin de produire un savoir endogène au service du développement.

Pour le professeur Paul-René Lohata, seule l’appropriation intellectuelle, institutionnelle et politique du lumumbisme permettra de transformer cette pensée en véritable levier de gouvernance. À défaut, Lumumba continuera de dominer les discours sans jamais gouverner les réalités du Congo.

AKAMUS

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