Les vidéos issues des caméras de surveillance du braquage survenu récemment à l’agence Rawbank de Victoire, au cœur de Kinshasa, continuent de choquer l’opinion. Sur les images, l’on voit clairement des hommes présentés comme des policiers et des militaires, censés sécuriser les lieux, participer eux-mêmes au vol de liquidités. Une scène surréaliste qui met à nu un problème bien plus profond que l’incident lui-même.
Si la complicité de certains éléments des forces de sécurité indigne, elle révèle surtout un malaise structurel : le traitement financier et social réservé aux policiers et militaires en RDC. Beaucoup d’entre eux dénoncent depuis des années des salaires dérisoires, parfois irréguliers, des conditions de vie précaires, un manque de moyens logistiques, et une absence de perspectives. Dans un tel contexte, certains glissent vers la corruption, l’indiscipline ou, comme ici, la participation directe à des actes criminels.
Cela ne justifie en rien les comportements observés car la mission première d’un policier ou d’un militaire est de protéger, non de se servir. Mais il serait naïf d’ignorer la réalité : le faible pouvoir d’achat et l’abandon social des forces de sécurité créent un terrain fertile pour les dérives. Quand un agent gagne à peine de quoi nourrir sa famille, l’intégrité devient plus difficile à maintenir face à la tentation.
Ce braquage doit être un électrochoc. Au-delà de l’enquête judiciaire en cours, cet épisode rappelle l’urgence de réformer en profondeur les conditions de rémunération, de formation et de contrôle des forces de l’ordre, pour éviter que ceux-là mêmes qui doivent protéger la population ne finissent par devenir une menace. Car un État ne peut se bâtir sur des institutions fragilisées et des hommes en uniforme réduits à survivre.
Martin Tadiya , Actu2.cd

