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Société

RDC : Une étude révèle la richesse linguistique et sociale des salutations en ɔtɛtɛla

Les salutations ne sont pas de simples formules de politesse. C’est ce que démontre une récente recherche menée à l’Université Pédagogique Nationale (UPN) de Kinshasa par le chercheur Jean-Bral Dimanga Ndjate, dans le cadre de son mémoire de DEA intitulé « Analyse pragmatique des formules expressives de salutation en ɔtɛtɛla (C71) ».

Parlée par le peuple Tetela en République démocratique du Congo, la langue ɔtɛtɛla demeure encore peu étudiée sur le plan scientifique, notamment dans le domaine de la pragmatique, qui s’intéresse à l’usage du langage en contexte social. L’étude révèle pourtant que les salutations occupent une place centrale dans la vie communautaire et reflètent des valeurs profondément enracinées dans la culture tetela.

Bien plus qu’un simple « bonjour »

Selon les résultats de la recherche, saluer en ɔtɛtɛla ne consiste pas uniquement à établir un contact verbal. Les salutations servent à exprimer le respect, la solidarité, l’appartenance communautaire et la reconnaissance du statut social de l’interlocuteur.

« Chez les Batetela, les salutations constituent un véritable rituel social », explique le chercheur. Certaines expressions varient selon l’âge, le rang social ou encore le contexte de communication, qu’il soit formel ou informel.

Ainsi, des formules honorifiques sont utilisées lors de cérémonies ou lorsqu’on s’adresse à une personnalité respectée, tandis que des expressions plus courtes et familières sont privilégiées entre proches ou amis.

Une étude fondée sur le terrain

Pour mener son enquête, Jean-Bral Dimanga Ndjate a recueilli un corpus de 102 énoncés grâce à des entretiens avec des locuteurs natifs, à l’observation participante ainsi qu’à des enregistrements de conversations quotidiennes.

L’analyse des données a permis d’identifier plusieurs fonctions des salutations. Elles jouent notamment un rôle phatique en établissant le contact, une fonction expressive en traduisant les émotions du locuteur, une fonction sociale en marquant les relations hiérarchiques et une fonction culturelle en reflétant les valeurs propres à la société tetela.

 

La famille au cœur des échanges

L’un des enseignements majeurs de l’étude concerne l’importance accordée au bien-être collectif. De nombreuses salutations incluent des questions sur la santé ou la situation de la famille.

« Saluer revient souvent à prendre des nouvelles des proches et à renforcer les liens communautaires », souligne la recherche. Cette pratique témoigne d’une conception relationnelle de la communication où l’individu est étroitement lié à son groupe familial et social.

Le rôle déterminant de l’intonation

L’étude met également en évidence l’importance de la prosodie, c’est-à-dire de l’intonation et du rythme de la parole. Une même formule peut exprimer la joie, la neutralité ou la distance selon la manière dont elle est prononcée.

L’exemple du mot mɔyɔ est particulièrement révélateur : une intonation montante traduit l’enthousiasme, une intonation neutre correspond à une salutation ordinaire, tandis qu’une intonation descendante peut signaler une volonté de mettre fin à l’échange.

Entre tradition et modernité

Comme de nombreuses langues africaines, l’ɔtɛtɛla est aujourd’hui confrontée aux effets de la mondialisation et du contact avec d’autres langues telles que le français ou le lingala.

Le chercheur observe l’apparition de nouvelles pratiques linguistiques, notamment chez les jeunes et dans les espaces numériques. Des expressions empruntées comme « coucou » côtoient désormais les salutations traditionnelles. Toutefois, loin de remplacer les formes ancestrales, ces innovations semblent coexister avec elles selon les contextes de communication.

Une contribution à la valorisation des langues africaines

Au terme de son étude, Jean-Bral Dimanga Ndjate conclut que les salutations en ɔtɛtɛla constituent de véritables actes de langage expressifs qui participent à la transmission des valeurs culturelles et à la régulation des relations sociales.

Cette recherche apporte ainsi une contribution importante à la documentation scientifique de l’ɔtɛtɛla et, plus largement, à la valorisation des langues africaines souvent sous-représentées dans les travaux universitaires.

L’auteur espère que ses travaux serviront de point de départ à de futures recherches en pragmatique, sociolinguistique et linguistique africaine, afin de mieux comprendre la richesse des langues et des cultures du continent.

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