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Tribunes

Baptême du livre Aspects politiques et administratifs : Paul-René Lohata appelle à une gouvernance responsable pour un développement durable en RDC

 

La bibliothèque de l’Université Libre de Kinshasa (ULK) a servi de cadre, mardi 19 août, au baptême du nouvel ouvrage du Professeur Paul-René Lohata intitulé « Aspects politiques et administratifs du développement. Du monde à la République Démocratique du Congo ».

La cérémonie, présidée par le Recteur de l’ULK, le Professeur Jean-Lucien Kitima Kasendue Amundala, a rassemblé des universitaires, chercheurs, étudiants, ainsi que des acteurs politiques et administratifs.

L’événement a été marqué par des échanges riches autour des enjeux de la gouvernance en RDC.

L’ouvrage, fruit de longues recherches, explore les liens étroits entre politique, administration et développement, en insistant sur la nécessité de réformes profondes pour sortir la RDC de ses paradoxes.

État réflexif et un développement global

Dans son intervention, l’auteur a rappelé que l’homme, selon Jean-Jacques Rousseau, est né naturellement bon et libre, mais que l’insécurité a conduit les sociétés à inventer le pouvoir politique afin de garantir la sécurité.

« La politique est née de la quête de protection, qui demeure le premier besoin des peuples », a-t-il expliqué.

S’appuyant sur les travaux de Max Weber, le Professeur Lohata a dénoncé l’incapacité chronique de l’État congolais à monopoliser la violence légitime, condition sine qua non de l’existence d’un État moderne.

« Depuis 1960, la violence est éclatée et même gérée par des groupes privés. Pire, l’État en subit les effets au lieu de les contrôler. C’est ce que j’appelle un État réflexif », a-t-il déclaré, soulignant la gravité de cette faiblesse institutionnelle.

Au-delà de la question sécuritaire, l’ouvrage insiste sur une conception globale et multisectorielle du développement. Pour l’auteur, le développement n’est pas seulement économique mais aussi qualitatif, culturel et social. « Jeter des immondices sur la voie publique, minimiser la femme, violer les droits de l’homme : tout cela traduit un déficit de développement », a-t-il expliqué, citant Samir Amin pour rappeler qu’une croissance sans partage ne conduit pas à une véritable prospérité.

Lohata plaide pour une gouvernance responsable fondée sur le respect des normes, la consommation locale, la créativité et l’appropriation nationale du modèle de développement.

En citant Thomas Sankara, il a rappelé : « Si vous voulez comprendre l’impérialisme, regardez le contenu de votre assiette. »

Enfin, l’auteur a mis en avant le rôle de la prospective et du renseignement dans l’anticipation des menaces. Déjà en 2013, ses travaux avaient contribué à intégrer cette dimension dans la loi de programmation militaire. Mais il déplore une faiblesse persistante : une prospective trop souvent réactive plutôt qu’anticipative.

Avec ce livre, le Professeur Paul-René Lohata entend nourrir une réflexion collective et pousser les décideurs congolais à des réformes courageuses. Un appel pressant pour que la RDC transforme enfin ses richesses en véritable développement durable.

L’hommage du Recteur : un ouvrage majeur pour la pensée congolaise

Prenant la parole pour présenter l’ouvrage, le Recteur de l’Université Libre de Kinshasa, le Professeur Jean-Lucien Kitima Kasendue Amundala, a livré un discours académique dense et structuré.

Il a d’abord salué la richesse intellectuelle de l’ouvrage et la pluralité de son auteur : « Le Professeur Lohata est à la fois andragogue, didacticien, politologue, acteur politique et visionnaire. Cette diversité constitue une véritable force qui se reflète dans son œuvre. »

Le Recteur a retenu deux concepts fondamentaux : les aspects politiques et les aspects administratifs du développement

« Le politique renvoie à l’organisation de la cité, aux phénomènes du pouvoir et aux processus décisionnels. L’administratif, quant à lui, est la courroie de transmission entre gouvernants et gouvernés, entre la base et le sommet », a-t-il expliqué.

Allant plus loin, il a souligné que l’ouvrage inscrit la RDC dans une vision élargie, celle du système international : « Il n’y a pas de système international sans relations internationales, pas de relations internationales sans politique extérieure, et pas de politique extérieure sans État reconnu comme sujet du droit international. »

Dans cette perspective, il a posé des questions majeures : la RDC est-elle un État de droit ?, Est-elle un État régalien, capable d’exercer effectivement son autorité sur tout son territoire ?, Est-elle un État sociologique, garantissant une répartition équitable des richesses ?, Ou encore un État anthropologique, anticipant les événements au lieu de les subir ?

Tout en déplorant les faiblesses persistantes depuis l’indépendance, le Recteur a salué la démarche empirique de l’ouvrage, qui explore aussi les dimensions géophysiques, géoéconomiques et géodémographiques du développement.

« Il ne peut y avoir de développement sans progrès, de progrès sans croissance, de croissance sans production, et de production sans création d’emplois », a-t-il rappelé.

Concluant son propos, le Professeur Kitima a félicité son collègue pour « un apport scientifique de grande valeur » et a recommandé « une lecture attentive de ce travail, qui éclaire autant notre présent qu’il prépare notre avenir ».

Aubin Kandembi/Réveil Congo

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