L’ambassadeur Jean-Thierry Monsenepwo ne cache pas son indignation face à ce qu’il qualifie de « dérive inquiétante » des Églises catholique et protestante en RDC. Pour lui, alors que le pays endure les atrocités du M23, il est impensable que des figures religieuses choisissent d’engager un dialogue avec ceux qu’il considère comme des « bourreaux du peuple congolais ». « Peut-on imaginer un instant des évêques de Kiev aller négocier avec Moscou pendant que les bombes continuent de pleuvoir sur leurs concitoyens ? », s’interroge-t-il, dénonçant une médiation sans mandat institutionnel. Selon lui, cette initiative ne fait qu’accentuer une fracture entre l’Église et la population meurtrie, donnant à cette dernière un sentiment d’abandon. « L’Église doit être un refuge, pas un complice », martèle-t-il. Une prise de position tranchée qui remet en question le rôle des leaders spirituels face aux souffrances d’un peuple en quête de justice. Ci-dessous sa tribune :
La République Démocratique du Congo traverse l’un des chapitres les plus sombres de son histoire contemporaine. Chaque jour, des familles pleurent des enfants arrachés à la vie par la barbarie du M23, des femmes portent les stigmates indélébiles des violences sexuelles, et des villages entiers sont réduits à des cendres, sous le regard indifférent de ceux qui prétendent prêcher la paix.
Face à cette agression rwandaise, face à la douleur d’un peuple saigné à blanc, l’unité nationale devrait être notre rempart, notre ultime refuge. Pourtant, une initiative aussi déroutante que préoccupante émerge : celle des Églises catholique et protestante, se lançant dans une médiation parallèle, hors de tout mandat institutionnel. Quand la Foi Dévie de sa Mission Dans un État laïc, les Églises ont un rôle noble : celui d’élever les consciences, de panser les plaies de l’âme, et de guider les fidèles sur le chemin de la justice et de la vérité.
Elles sont les voix de l’espérance, non des acteurs politiques déguisés en arbitres des conflits armés. Pourtant, voilà que des prélats, drapés de leur autorité morale, s’érigent en médiateurs d’une crise qui dépasse le cadre spirituel. Le porte-parole du gouvernement a été clair : aucune mission de médiation n’a été confiée à ces entités par le Chef de l’État.
Cette précision n’est pas anodine. Elle rappelle un principe sacré de notre démocratie : la gestion des affaires de l’État appartient aux institutions souveraines, non aux chaires des cathédrales ni aux tribunes des temples. Dialoguer avec les Bourreaux : Une Trahison de la Mémoire Collective Ce qui indigne, au-delà de l’audace, c’est l’aveuglement moral de cette démarche. Car il ne s’agit pas ici de simples pourparlers diplomatiques ; il s’agit d’une volonté affichée de rencontrer des criminels de guerre. Faut-il rappeler que le M23 n’est pas un groupe d’opposants politiques, mais une organisation terroriste responsable de massacres, de viols, d’enrôlements d’enfants soldats et d’actes de barbarie qui crient vengeance jusqu’au ciel ?
Faut-il aussi rappeler que Paul Kagame, avec qui ces prélats envisagent de s’entretenir, porte la lourde responsabilité d’un génocide à ciel ouvert en RDC, un bilan de morts congolais qui fait frémir l’Histoire elle-même ? Peut-on imaginer un instant des évêques de Kiev aller négocier avec Moscou, en dehors du gouvernement ukrainien, pendant que les bombes continuent de pleuvoir sur leurs concitoyens ? Cela semble impensable.
Pourquoi la RDC devrait-elle tolérer une telle aberration ? Un Schisme Inédit : L’Église Contre Son Peuple Ce qui se joue ici dépasse le cadre politique : c’est une rupture symbolique entre l’Église et le peuple congolais. Un schisme inédit, non pas théologique, mais moral et émotionnel. Jadis refuge des opprimés, voix des sans-voix, l’Église apparaît aujourd’hui comme une institution déconnectée des réalités du terrain, insensible aux cris des orphelins et au sang versé sur la terre de nos ancêtres. Comment expliquer à une mère de Goma, dont l’enfant a été exécuté par le M23, que les pasteurs et les évêques vont tendre la main aux assassins de son fils au nom d’un “dialogue” ? Comment apaiser le cœur d’un soldat des FARDC, prêt à mourir pour la patrie, quand il voit ceux qui devraient bénir sa cause légitimer, par des rencontres diplomatiques, ceux qu’il combat au péril de sa vie ?
« Peut-on imaginer un instant des évêques de Kiev aller négocier avec Moscou, en dehors du gouvernement ukrainien, pendant que les bombes continuent de pleuvoir sur leurs concitoyens ? Cela semble impensable. Pourquoi la RDC devrait-elle tolérer une telle aberration ? », lâche Thierry Monsenepwo, interpellant les pères spirituels.

