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Tribunes

Dialogue national en RDC : la diaspora ne veut pas partager le gâteau, elle veut mettre la main à la pâte

Dialogue national en RDC : la diaspora ne veut pas partager le gâteau, elle veut mettre la main à la pâte

Par Prof. Dr. Ngoie Joel Nshisso, Président international du Forum des Intellectuels Congolais de l’Étranger (FICE)

À chaque crise politique majeure en République démocratique du Congo, le même scénario semble se répéter : des appels au dialogue sont lancés, les protagonistes se retrouvent autour d’une table et, au terme des négociations, le débat se réduit trop souvent à une redistribution du pouvoir et des postes au sein des institutions. Cette logique, qui s’est progressivement enracinée dans notre culture politique, mérite aujourd’hui d’être profondément remise en question.

Le Forum des Intellectuels Congolais de l’Étranger (FICE) salue la volonté du Président de la République d’engager un dialogue ouvert avec les différentes composantes de la Nation afin de rechercher des solutions durables aux défis auxquels fait face notre pays. Cette ouverture constitue une opportunité historique. Mais pour qu’elle produise des résultats durables, le dialogue doit être véritablement inclusif et refléter toutes les forces vives de la Nation, y compris la diaspora congolaise organisée.

À l’exception de la Conférence nationale souveraine, qui avait réuni une représentation diversifiée des composantes de la Nation, les différents dialogues organisés en République démocratique du Congo ont principalement rassemblé les institutions en place, une partie de l’opposition politique et, malheureusement, les belligérants. Dans bien des cas, ces processus ont davantage porté sur le partage du pouvoir et des portefeuilles ministériels que sur la recherche de solutions durables aux causes profondes des crises nationales.

Cette pratique a progressivement installé une culture politique préoccupante. Elle a donné l’impression que la meilleure manière d’accéder au pouvoir ou d’obtenir des avantages politiques consiste à prendre les armes, à semer l’insécurité, à perturber les institutions ou à paralyser l’économie nationale. Depuis lors, certains leaders politiques mécontents ont pris l’habitude de recourir à la violence ou à des mouvements de contestation pour contraindre le pouvoir en place à accepter un nouveau partage des responsabilités gouvernementales.

Ce cycle est destructeur. Il banalise la violence, fragilise l’autorité de l’État, affaiblit la justice et envoie un signal désastreux aux générations futures : celui selon lequel la force primerait sur les urnes, les institutions et le respect de la Constitution.

Le FICE estime qu’il est temps de rompre définitivement avec cette logique. Une démocratie ne peut durablement prospérer lorsque ceux qui respectent les institutions sont marginalisés tandis que ceux qui les défient obtiennent régulièrement une place à la table des négociations en échange de leur renoncement temporaire à la violence.

Nous observons également avec préoccupation que certains responsables religieux, qui ont réclamé avec insistance l’organisation d’un dialogue, semblent encore envisager celui-ci sous l’angle d’arrangements politiques destinés à satisfaire les différentes parties en présence. Une telle approche risque de privilégier une nouvelle fois le partage du pouvoir afin de contenter ceux qui ont pris les armes contre les populations civiles ou ceux qui cherchent à interrompre le déroulement normal d’un mandat présidentiel en cours conformément à la Constitution.

La diaspora congolaise condamne cette vision égocentrique de la résolution des différends nationaux. Une paix durable ne peut être bâtie sur l’impunité ni sur la récompense de la violence. Les populations de l’Est de notre pays, qui continuent de subir les massacres, les déplacements forcés, les violences et le pillage des ressources naturelles, attendent davantage qu’un simple réaménagement institutionnel. Elles réclament la sécurité, la justice, le rétablissement de l’autorité de l’État et des solutions durables.

C’est précisément dans cet esprit que la diaspora congolaise sollicite sa participation au dialogue national.

Le Forum des Intellectuels Congolais de l’Étranger (FICE) tient toutefois à préciser que sa revendication n’est pas celle d’une participation individuelle ni d’une désignation discrétionnaire de quelques personnalités choisies sur la base de liens familiaux, matrimoniaux, d’amitié, d’appartenance politique ou de toute autre considération personnelle. Elle est celle d’une représentation légitime de la diaspora organisée, conformément aux principes de transparence, d’inclusivité, de représentativité et de compétence.

La diaspora congolaise est aujourd’hui structurée autour d’organisations, de plateformes, de réseaux professionnels, d’associations et de fédérations qui, depuis de nombreuses années, œuvrent au service de la République démocratique du Congo. Ces organisations constituent les interlocuteurs naturels pour désigner les représentants de la diaspora dans le cadre d’un dialogue national. Une telle démarche garantirait une représentation crédible, fondée sur la confiance, le mérite, l’expérience et l’engagement patriotique, plutôt que sur des choix discrétionnaires.

Contrairement à certaines idées reçues, la diaspora ne revendique ni ministères, ni sièges, ni privilèges.

 

Dialogue National Inclusif : la Diaspora Congolaise, représentée par le Forum des Intellectuels Congolais de l’Étranger, salue l’initiative du Chef de l’État et appelle à sa participation effective

Elle ne vient pas pour le partage du gâteau. Elle vient pour mettre la main à la pâte.

Depuis des décennies, les Congolais établis à l’étranger se mobilisent dans leurs pays d’accueil pour défendre les intérêts de la République démocratique du Congo. Ils sensibilisent les gouvernements, les organisations internationales, les universités, les investisseurs, les entreprises et les médias sur les réalités, les défis et les opportunités de notre pays. Ils facilitent des investissements, transfèrent des compétences, soutiennent des projets humanitaires, développent des partenariats économiques, scientifiques et académiques et contribuent au rayonnement international de la RDC.

Jamais cet engagement n’a été motivé par l’espoir d’obtenir une part du pouvoir ou un portefeuille ministériel. Bien au contraire, la diaspora organisée a toujours travaillé dans l’ombre, souvent avec ses propres ressources, pour promouvoir la paix, la démocratie, la bonne gouvernance, le développement économique, la justice sociale et l’image de la République démocratique du Congo sur la scène internationale.

Aujourd’hui, la diaspora constitue une formidable réserve de compétences dans les domaines de la gouvernance, de la diplomatie, des finances, de l’économie, des infrastructures, de la santé, de l’éducation, de la technologie, de la justice, de la sécurité et de l’entrepreneuriat. L’exclure d’un dialogue censé dessiner l’avenir de la Nation reviendrait à se priver volontairement d’une expertise précieuse acquise dans les plus grandes institutions publiques, privées et académiques à travers le monde.

Le dialogue attendu par les Congolais doit dépasser les calculs politiques immédiats. Il doit permettre de réfléchir aux réformes institutionnelles, à la consolidation de l’État de droit, à la lutte contre la corruption, à la réconciliation nationale, à la modernisation de l’administration publique, à la valorisation du capital humain, à la création d’emplois et à un environnement favorable aux investissements.

Il doit surtout consacrer une nouvelle culture politique où l’on récompense les idées plutôt que les armes, le mérite plutôt que la violence, le service de la Nation plutôt que les intérêts particuliers.

C’est dans cet esprit que la diaspora lance un appel à toutes les filles et à tous les fils du Congo, de l’intérieur comme de l’extérieur, afin qu’ils dépassent les clivages politiques, régionaux, ethniques et communautaires pour se consacrer à la reconstruction nationale.

 

Notre hymne national nous rappelle avec force le chemin que notre peuple doit emprunter :

« Ô peuple ardent,
Par le labeur,
Nous bâtirons un pays plus beau qu’avant,
Dans la paix. »

Ces paroles traduisent parfaitement la vision portée par la diaspora congolaise organisée. Elle ne sollicite pas sa participation au dialogue pour revendiquer une part du pouvoir, mais pour apporter son expertise, son expérience internationale, ses réseaux et ses compétences au service de la Nation. Elle ne vient pas partager le gâteau ; elle vient mettre la main à la pâte afin de bâtir, avec tous les Congolais, un pays plus beau qu’avant, dans la paix.

Comme l’a lui-même reconnu le Président de la République devant les élus du peuple et d’autres personnalités politiques, aucune catégorie de Congolais ne doit être exclue de la recherche des solutions aux défis de notre pays. Le FICE se réjouit particulièrement de cette volonté d’écouter toutes les composantes de la Nation, y compris les responsables des Églises, les forces politiques, la société civile et la diaspora. Il encourage toutes les couches de la population à accompagner ce processus avec impartialité, sagesse, responsabilité et dans le seul souci de préserver l’intérêt supérieur de la Nation.

La communion entre toutes les filles et tous les fils du Congo, où qu’ils se trouvent, demeure indispensable pour restaurer la confiance, consolider la cohésion nationale et préparer l’avenir. Le dialogue ne doit pas être celui des seuls acteurs politiques. Il doit devenir celui de toute la Nation.

Le Forum des Intellectuels Congolais de l’Étranger réaffirme ainsi sa disponibilité à contribuer, avec humilité, compétence et patriotisme, à tout processus visant à renforcer l’unité nationale, restaurer la paix, consolider les institutions républicaines et accélérer le développement de la République démocratique du Congo.

Le Congo n’a plus besoin d’un dialogue de partage du pouvoir.

Il a besoin d’un dialogue de partage des responsabilités.

Il n’a plus besoin de partager le gâteau.

Il est temps de mettre tous les Congolais autour de la même table pour mettre la main à la pâte. Cette table ne peut être dressée sur la base d’affinités personnelles, de liens familiaux, matrimoniaux ou d’amitiés, mais sur la compétence, l’intégrité, la représentativité et le patriotisme. Elle doit faire toute sa place à la diaspora congolaise organisée, dont l’engagement au service de la Nation s’est toujours exercé dans le respect de la paix, de la légalité et de l’intérêt général. Depuis des décennies, cette diaspora a défendu les intérêts de la République démocratique du Congo sans jamais recourir aux armes ni revendiquer une part du pouvoir. Elle vient avec des mains propres et une conscience tranquille, non pour réclamer des privilèges, mais pour contribuer, aux côtés des autres forces vives de la Nation, à bâtir un Congo plus fort, plus juste, plus prospère et définitivement réconcilié avec lui-même.

Le temps est venu de faire du dialogue un espace de construction nationale plutôt qu’un mécanisme de redistribution du pouvoir. L’histoire jugera notre capacité à privilégier l’intérêt supérieur de la Nation sur les intérêts particuliers. La République démocratique du Congo mérite un dialogue qui prépare l’avenir, renforce les institutions et mobilise toutes les compétences disponibles au service d’une paix durable et d’un développement partagé.

Prof. Dr. Ngoie Joel Nshisso

Président international
Forum des Intellectuels Congolais de l’Étranger (FICE)

📞 +1 (704) 910-7185
✉️ fice@ficeclub.com
🌐 www.ficeclub.com

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