L’opposant Jean-Marc Kabund a livré, mardi 4 novembre à Kinshasa, un réquisitoire sans concession contre la gestion du pouvoir et la stratégie sécuritaire du président Félix Tshisekedi.
Dans une conférence de presse qualifiée par ses organisateurs de « conférence des vérités », Kabund a accusé le chef de l’État d’entretenir, par peur de quitter le pouvoir en 2028, une situation de conflit prolongé dans l’Est du pays afin de préparer un glissement anticonstitutionnel au-delà de son second et dernier mandat. Par ces mots durs, il a posé le tableau d’une nation en dérive, frappée par l’insécurité, la corruption et l’incapacité à protéger ses populations.
Pour Kabund, la logique politique est cruelle, limpide : tant que la guerre persiste, l’État pourra invoquer l’état d’exception, retarder ou réaménager les échéances constitutionnelles, et maintenir un pouvoir affaibli mais prolongé.
La thèse a été martelée devant les journalistes, le refus de convoquer un véritable dialogue national inclusif, la diplomatie de voyages et de discours, et l’incapacité des forces armées à neutraliser les groupes armés, seraient autant d’éléments délibérément tolérés pour fabriquer une situation d’exception permanente. Ces accusations s’inscrivent dans une longue série de critiques publiques de Kabund depuis sa libération et son retour sur la scène politique.
Face à ce qu’il décrit comme un échec d’État, Kabund a lancé un appel solennel à la population congolaise : organiser un dialogue national inclusif qui, selon lui, doit rassembler aussi bien les acteurs politiques et la société civile que les groupes armés ayant pris les armes, à l’image du M23.
Pour l’opposant, négocier en catimini à Doha ou ailleurs ne suffit pas, il faut une table nationale, transparente et réconciliatrice, capable de traiter la question sécuritaire, l’intégration des combattants, et les mécanismes de justice et de reconstruction. Il a insisté pour que personne ne soit exclu des discussions, estimant que la paix ne peut être imposée sans l’adhésion de toutes les parties prenantes.
Kabund a mis en garde contre les risques d’une posture politicienne, « on ne met pas fin à une guerre en se contentant des condamnations, on ne restaure pas la paix en multipliant les voyages et promesses sur des podiums », a-t-il affirmé, soulignant la nécessité d’un plan concret et partagé.
Il a rappelé la multiplication des groupes armés, il évoque plus de 250 formations, et la fragilité des avancées militaires ponctuelles, qui laissent la porte ouverte à une spirale de violence et à la partition de fait du territoire. Ce diagnostic, selon lui, justifie l’urgence d’un dialogue qui transforme la logique de la guerre en une logique politique de sortie de crise.
*Perspective de la rue…*
Sur le plan politique et socio-économique, Kabund n’a pas épargné le pouvoir. Il a dénoncé la dérive autoritaire, la centralisation du pouvoir, la répression contre les opposants, ainsi que la corruption et la mauvaise gestion des ressources publiques.
Le constat est sans appel : la gouvernance serait marquée par le culte de la personnalité, la manipulation des institutions et la paupérisation d’un peuple que l’on appauvrit davantage par la spéculation monétaire et l’absence d’investissements productifs. Pour Kabund, ces maux sont autant de symptômes d’un État à bout de souffle, incapable de garantir l’ordre, la justice et le bien-être.
En réaction au refus, selon lui, obstiné du chef de l’État de convoquer un tel dialogue, Kabund a annoncé une stratégie non violente : mobiliser la rue. Il a appelé à une journée de mobilisation nationale, avec une marche pacifique prévue le 15 décembre 2025 à Kinshasa, et promis que si le dialogue n’était pas engagé d’ici là, son mouvement multiplierait les actions publiques démocratiques jusqu’à obtenir des réponses concrètes.
La Rédaction

